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La saga du vélo

Prologue

Once upon a time … Bref. Quelques jours après notre emménagement à Clayton Road, j’ai trouvé que les distances étaient un peu longues à pied, mais que par contre le quartier se prêtait assez bien au vélo. Un rapide tour sur gumtree (le site de petites annonces local, « le bon coin » si vous voulez) m’a permis de me procurer, pour quelques dollars, un vélo dont la qualité n’a pas grand chose à voir avec les montures des coureurs du Tour de France, mais qui a le bon goût de me transporter tous les matins jusqu’à la fac.

Il est beau mon vélo ! Bon, en fait non, mais il roule et il est pratique…

Quelques jours après, je m’avise que les patins de frein arrière sont fort usés, et j’en achète donc une paire neuve, chez un marchand qui me refile des patins très « fancy » (et assez reconnaissables !), et sans doute d’une qualité que le prix du vélo ne justifie pas…

… et il n’y a rien de plus à raconter jusqu’à la fin du mois de Mars.

Acte 1

En ces derniers jours pré-confinement, je reviens un beau soir de la fac. Je range mon vélo comme à l’accoutumée au fond de la cour (le Mardi ou le Mercredi soir, je crois), et je rentre à la maison pour la dernière fois – puisque le lendemain, la fac ferme et on est invités à travailler depuis chez nous.

Le dimanche de cette première semaine, l’envie me prend de me dégourdir un peu les jambes. Je me dirige vers le fond de la cour, et là que vois-je (ou plutôt, que ne vois-je pas) ? Mon vélo, qui a disparu. Rapides conciliabules: Myriam se souvient d’avoir vu la veille un antivol coupé dans le caniveau en face de la maison d’à côté, et de s’être fait la reflexion que franchement, les gens ici ils laissent leurs ordures n’importe où (ce qui est vrai d’ailleurs, mais c’est une autre histoire…).

Ah ben là, y’a plus de vélo…

On va voir et en effet : c’est bien mon antivol, qui s’ouvre avec mon code, et qui a fort proprement été coupé.

Acte 2

Le lundi à la première heure, je vais au poste de police, où on me dit que confinement, social distancing, tout ça; mais que pour ce qui est « non urgent », je peux faire les démarches sur internet. En effet je le peux, et non seulement le site web est facile et pratique, mais en plus la police me rapelle dans l’heure qui suit pour confirmer ma déposition, une dame très gentille, qui repousse mes excuses (moi: « oh vous savez, il était vieux ce vélo c’est pas si grave »; la dame: « oui, mais c’est quand même embêtant, et puis c’est pas normal, ça n’a pas à arriver »).

Je raccroche donc, relativement satisfait, mais tout aussi convaincu que ce vélo, je ne le reverrai plus… En attendant, la marche à pied, c’est pas mal non plus pour faire du sport !

Acte 3

Et justement. Au hasard d’une ballade dans le quartier, je passe dans la même semaine près de la gare, où un vélo est attaché sous les voies, avec une douzaine d’autres. Un vélo qui ressemble étonamment au mien. Tiens, me dis-je, c’est un modèle courant, l’équivalent local du Décathlon de base, je ne suis pas le seul…

Tiens, il me dit quelque chose, ce vélo…

Le dimanche suivant, nouvelle ballade, je repasse à la gare où je vois le même vélo au même endroit. C’est quand même étonnant. Je m’approche: il est vraiment très pareil. Y compris les patins de freins neufs à l’arrière, les freins montés « à la française » (l’arrière à droite, alors que ici les gens font le contraire) …

Acte 4

Je rapelle la police. Une dame toujours aussi sympathique, la même ou une autre, me conseille de prendre des photos et de les transmettre à l’officier (« officer ») qui s’occupe de ce cas.

Retour à la gare, où je regarde d’encore plus près le vélo, sous le regard de quelques policiers en patrouille à la gare ce soir là et un peu désoeuvrés (forcément, il n’y a pas grand monde dans le RER un dimanche soir de confinement…). Les policiers me conseillent de couper le cadenas et de récupérer mon vélo (mouais … le conseil me semble un peu rude…), à défaut de mettre une autre chaîne pour m’assurer que le vélo ne va pas à nouveau disparaître.

Un autre aller-retour à la maison pour emprunter un antivol (pas coupé !) au voisin, le remettre sur le vélo…

Acte 5

Eh bien le Lundi, mon téléphone sonne. C’est le Constable Lee, du poste de police de Clayton, en charge de mon cas. Il me pose quelques questions, et me dit qu’il va vérifier et me recontacter.

La semaine passe, chaque jour je repasse à la gare pour constater la présence du vélo en question… Le Vendredi, le Constable me rapelle et me demande si je suis vraiment certain que c’est mon vélo ? « Ben, euh, je crois, oui, mais enfin, vous savez, c’est un modèle commun… mais il me semble, oui…  » « Bon, alors dans cas, allez couper la chaîne et récupérez-le ». Pardon ? Oui oui, c’est bien le conseil officiel et tout et tout, et voilà mon numéro de téléphone et de matricule, si on vous pose des questions dites leur de m’appeler….

Et, alors que je remercie encore, et que je m’excuse d’avoir sollicité la police pour une aussi maigre affaire « mais non, mais c’est normal, on est là pour ça … moi aussi on m’a piqué mon vélo il y a quelques temps, je sais ce que c’est… ». Je ne pensais pas le revoir, ce vélo, l’efficacité de la police m’étonne : « oh, vous savez, c’est moi qui devrait vous remercier, c’est vous qui avez fait mon boulot ! Have a good week-end, mate ! ».

Je m’équipe donc d’une scie à métaux, et me livre à des activités louches devant la gare en début de soirée, sous le regard goguenard des mêmes flics que la semaine dernière…

Un criminel en pleine action…
C’est costaud ce bidule !

et c’est ainsi que le vélo a regagné son domicile (il dort quand même dans la lingerie maintenant !).

C’est à moi, ça ! Ah, mais.

Celui qui est content, c’est Simon, qui fait des grands tours en vélo tous les jours après l’école

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