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Petit abécédaire de l’école en Australie

Il s’agit bien évidemment de notre expérience personnelle, c’est à dire à partir de deux écoles : Clayton North Primary, et South Oakleigh College. Donc bien loin de moi l’idée de généraliser ! Et au quotidien, je ne suis qu’à l’école primaire, dont j’ai un assez bon aperçu, alors que j’entends parler du lycée uniquement à travers le ressenti de Claire et Simon.

Clayton North Primary School – l’école du quartier

A comme Assembly

On va garder le mot anglais, puisque ça n’existe vraiment pas du tout en France … Ca fait partie des choses où le décalage est tellement grand que c’est difficile à raconter … Mais c’est très important, on fait ça toutes les semaines !

Imaginez des élèves de 6ème, qui ne seraient pas des « petits 6ème » perdus dans leur collège, mais des « grands 6ème » dans leur école primaire, en situation de responsabilité … Imaginez une grande salle rectangulaire (taille gymnase) avec de la moquette par terre et une grande estrade sur un des petits côtés, avec deux claviers, une batterie et une sono qui va bien, sans oublier l’écran pour projeter les paroles ou des vidéos … Chaque classe arrive et rentre l’une après l’autre, bien en ligne derrière sa maitresse (on ne se déplace pas en rangs deux par deux, mais en ligne), et en silence, et s’assoit par terre, toujours en ligne, face à l’estrade, les petits devant, les grands derrière. Sauf quelques élèves de « 6ème », qui vont assurer le déroulement de la séance. Ils sont assis sur des chaises près de l’estrade … La directrice et son adjoint sont là aussi. Les parents qui le souhaitent ont quelques rangs de chaises à leur disposition au fond de la salle (nous sommes entre 10 ou 30 parents selon les jours). Les élèves de « 6ème » se lèvent, à tour de rôle, et viennent parler dans les micros, clairement, distinctement, pour annoncer ce qui se passe et animer (au sens « animateur ») la séance, très bien rôdée …

Ils commencent par demander le silence, en levant un bras, tout simplement, et petit à petit, chacun, enfant ou adulte se tait et lève un bras, jusqu’au silence complet. Rapide, efficace. Puis un petit discours standardisé pour souhaiter la bienvenue à chacun (élèves, enseignants, parents), et on est invités à se lever pour chanter l’hymne national ; les élèves qui savent jouer de la musique sont sur l’estrade et accompagnent, sous la direction du prof de musique. Dès la troisième semaine, Sarah le connaissait par coeur à la clarinette, et moyennant un peu d’adaptation pour s’accorder avec les autres instruments, elle a donc rejoint l’orchestre de l’école.

Lors de la première Assembly, il y a eu un petit discours étonnant dans la bouche d’un enfant de « 6ème », presque décalé, disant à quel point « on est heureux d’être de retour à l’école, d’être ensemble, et on souhaite à chacun une belle année scolaire, un bon temps d’apprentissage, et on va vivre une année formidable si chacun y met du sien ». Donner du sens à ce qu’on fait, et se placer dans une dimension collective, ce sont des choses qui me tiennent à coeur. Et je pense que beaucoup d’enfants de France auraient besoin de retrouver ce sens fondamental de l’école !

Lors des Assembly suivantes, ce temps sert à montrer une « performance », quelque chose qu’une des classes ou un des élèves a particulièrement bien réussi : ça peut être l’élève de l’école qui a été sélectionné pour les compétitions de natation qui vient parler de ses entrainements, ou la vidéo réalisée pendant le cours de musique d’une des classes, ou une chanson sur un thème particulier, etc … Il y a toujours quelque chose à partager, soit de l’école, soit de l’extérieur.

Pendant l’Assembly, chaque semaine, il y a aussi … une remise de prix !!! A chaque fois, ça ressemble à « le prix de … est décerné à … parce qu’il/elle a fait ci ou ça, a montré du courage / de l’amitié / de la persévérance / de l’honnêteté, etc …  » Avec un « best student of the week », une série de « learner of the week » (un par classe, à mon avis), un « best music », un « best sport », et « best art ». Et à chaque fois, l’élève appelé se lève et monte sur l’estrade chercher son petit papier, et serrer la main de la directrice, sous les applaudissements de l’assemblée … Et qu’est-ce qu’on est fier de rapporter son diplôme à la maison !!
Les remises de prix sont quelque chose de tellement dépassé et décrié en France, que la première fois, je n’en suis pas revenue !… Mais ici, ça ne fait pas du tout vieillot, ni élitiste, ça fait sérieux, chacun est concentré et attentif, applaudit de bon coeur, et félicite le copain quand il vient se rasseoir … C’est … touchant, fort, presque beau ! Et tellement encourageant pour les enfants !

Ensuite vient le moment d’annoncer le classement des « maisons », en fonction des points gagnés dans la semaine … (voir « M comme Maisons »), c’est la partie plus ludique, où les enfants font des roulements de tambour avec les pieds, et crient à tue-tête, toujours de manière contrôlée, capables de s’arrêter dès que l’animateur lève le bras. J’aime bien, ce sentiment d’appartenance à une « maison » (ou un groupe quelconque), associé au fait que nos actes ont des conséquences à l’échelle d’un groupe, et pas seulement au niveau individuel (on peut faire gagner ou perdre des points à sa maison). Et ça n’a rien à voir avec l’effet d’une « punition collective » parfois appliquée en France …

Ensuite, vient le temps des annonces : concernant la vie de l’école, la prochaine fête qui s’organise, le voyage scolaire de telle classe, la vente des oeufs des poules, le désherbage du potager, le démarrage du club de danse, la prochaine compétition de sport, un rappel du règlement sur la propreté de la cour, etc … Il y a toujours quelque chose à dire. Le plus souvent, les annonces sont faites par un des grands élèves; parfois, par un des professeurs spécialisés (musique ou sport); jamais par les maitresses. J’ai entendu une fois la directrice, le jour de la rentrée, et … comme c’est la seule qui a parlé hors micro, je n’ai rien compris !

Et enfin, la séance est levée; les élèves repartent, toujours classe par classe, en ligne, et dans le calme. Sauf les plus grands qui restent pour remettre la salle en état, empiler les chaises, etc… C’est remarquablement bien rôdé ! J’aime bien, ces Assembly !

l’hymne national à la clarinette …

B pour Bénévole

Il y a une vraie place pour les bénévoles, dans l’école primaire !

Il y a entre autres Barbara, une bibliothécaire qui vient de prendre sa retraite, et qui vient à l’école, plusieurs matinées par semaine, pour « aider les enfants à aimer les livres et la lecture ». Ca peut prendre différentes formes : elle lit des livres à la classe entière, ou prend un élève à part pour l’aider dans ses apprentissages de lecture, ou conseille les enseignants et leur apporte un échantillon de livres. Sarah a pu passer du temps avec Barbara, qui l’a beaucoup aidée au début, quand elle ne comprenait pas encore très bien l’anglais et était très handicapée pour la lecture !

Il y a aussi les parents bricoleurs, qui viennent un soir par semaine tenir un stand de réparation (et prêt/échange) de vélos, où chaque enfant peut apporter son vélo, se faire aider, apprendre à s’en occuper. Et aussi donner un vélo trop petit et en emprunter/acheter un d’occasion.

Il y a aussi les parents qui se font « recruter » pour leurs compétences, comme Jérôme, dans l’autre famille d’expatriés, qui est prof de maths en France. Du coup, la directrice du lycée l’a sollicité pour venir deux jours par semaine aider certaines classes ou certains élèves.

En tant que parent, pour avoir le droit de venir à l’école, ou d’accompagner une sortie scolaire, c’est tout un protocole ! Il faut fournir un document administratif officiel, ce qui nécessite quelques aller-retour entre sites internets gouvernementaux et bureau de poste. Ca m’a pris une journée entière avant d’obtenir le papier, et 10 jours après, je recevais une jolie carte officielle par la poste.

Moyennant quoi, je reste à l’école 3 matinées par semaine, pour aider Sarah, soit dans les séances de lecture, tant qu’elle n’était pas autonome avec la lecture en anglais, soit pour lui traduire les explications de la maitresse, en particulier pour les cours de « rédaction »…

C comme Circulation

La circulation routière aux abords de l’école, ça aussi, c’est particulier !

L’école primaire est encadrée par des grands carrefours de grandes routes (des « road », avec 4 à 6 files de voitures dans chaque sens)… Donc on ne traverse pas n’importe comment ! Il y a bien sûr des feux tricolores et des signalisations piétons. Mais aux heures de début et de fin de journée scolaire, il y a, en plus, des personnes qui font la circulation, équipés de leur grand gilet jaune, d’un chapeau contre le soleil, d’un parapluie parfois, d’un panneau stop et d’un sifflet…

Comme en France, me direz-vous ? Oui et non … Les australiens sont beaucoup plus disciplinés que les Français. Hors de question de s’arrêter en vrac dans la rue, ou sur le trottoir, il y a des parkings prévus pour, et les gens les respectent. Comme quoi, c’est possible, de faire quelques pas pour accompagner son enfant, sans bloquer le reste de la circulation.

Mais pour la traversée des passages piétons, c’est folklorique ! Pendant que le feu des voitures est vert, tous les gens qui veulent traverser s’entassent sur le trottoir. Hors de question aussi de traverser à un autre moment que celui strictement autorisé ! Et au moment où le feu piéton devient vert, il faut encore attendre le coup de sifflet de l’agent de circulation. Et là, tout le monde s’élance, enfants en uniforme, parents, grand-parents, poussettes, vélos, tout le monde se dépêche, ça court, ça trottine, etc …, en groupe compact, pour essayer de traverser en une seule fois ! Parce que la route est tellement large que, si on ne court pas, on se retrouve bloqué sur la zone herbeuse du milieu de la route, à attendre le feu suivant pour pouvoir traverser la deuxième moitié de la route. Avec Sarah, ça nous amuse tous les matins, d’être au milieu de ce groupe invraisemblable qui traverse au pas de course, et malgré tout, de manière relativement organisée !

E comme EAL – English as an Additionnal Language

D’abord, j’aime beaucoup ce sigle : ça dit d’emblée qu’on ne juge pas la langue maternelle de l’autre, et qu’on ne considère pas non plus qu’une langue puisse être « étrangère », celle de « l’étranger ». Une langue « étrangère », a de grandes chances d’être a priori moins bien parlée, moins bien maitrisée, et donc de mettre en difficulté « l’étranger » qui ne la parle pas correctement mais qui voudrait s’intégrer … Et qui pourrait choisir, comme l’ont fait des générations d’immigrés en France, de renoncer à leur langue maternelle, pour que, justement, la langue du pays d’adoption puisse être parlée au mieux. Là, non, pas du tout. On garde sa langue d’origine, et on en ajoute une autre. En se rappelant, au passage, que dans beaucoup de pays du monde, chacun parle de toute façon plusieurs langues.

Dans nos deux écoles, il y a une prise en compte des enfants « EAL ». L’école primaire a vraiment une dimension internationale et multi culturelle : dans la classe de Sarah, seuls 2 sur les 20 enfants sont nés en Australie ! Tous les autres sont arrivés plus ou moins récemment, venant d’Inde, Chine, Liban, Soudan, etc… Donc les enfants ne maitrisant pas l’anglais à la rentrée ont été évalués, par une des maitresses qui n’a pas de classe attribuée, et regroupés, par petits groupes de 8 enfants du même niveau. Parmi ces enfants, il y a ceux pour qui l’anglais est une « langue étrangère », bien sûr, mais aussi ceux qui ont des difficultés d’apprentissages en lecture et écriture. Et trois fois par semaine, pendant une heure, sur le temps scolaire, les enfants vont en classe d’EAL. Quelle chance ! Et Sarah ramène à la maison des devoirs de lecture d’EAL, avec trois petits livres à lire, si possible avec un adulte.

Au lycée, c’est Simon qui a eu le choix entre deux niveaux d’Anglais : « littérature » et « EAL ». Il a préféré choisir « EAL ». Et ils travaillent tout le semestre sur le thème « identity and belonging » … quel bon sujet de réflexion, pour des enfants qui arrivent d’un autre pays ! Qu’est ce qui fait notre identité ? Une langue, une culture, un passeport ? Et quels sont les signes d’appartenance à une culture, à un pays ?…

F comme Financement

Mais comment sont donc financées ces écoles, qui paraissent tellement plus « à l’aise » que nos écoles françaises ? Nous nous sommes très vite posé la question. Je n’ai pas toutes les réponses, mais en voici quelques éléments…

Ce sont des écoles publiques, avec un budget versé par l’état, en fonction du nombre d’enfants, et en fonction du « niveau socio-économique » des familles. Le critère retenu pour juger du « niveau socio-économique » est le niveau d’étude des parents. C’est à dire que l’état donne d’autant plus d’argent que les familles ont un faible niveau d’éducation. Dans l’absolu, ça me parait un bon critère, assez juste : si les parents ont un bon niveau d’éducation, ils sont bien placés pour aider leurs enfants à comprendre, à apprendre, à se cultiver, à s’ouvrir au monde. Mais pour notre école primaire, c’est en réalité un handicap, m’a expliqué une maman : l’école est dans le quartier de l’université, donc une grosse partie des familles sont des étudiants, qui viennent ici faire un master ou une thèse, avec des revenus très modestes, ne correspondant pas (ou pas encore) à leur niveau d’études.

Et ça pose donc problème à certaines familles, qui n’ont pas le budget pour payer les frais d’inscription ou l’uniforme … Car l’école n’est pas gratuite ! La somme que nous avons payée en début d’année nous semble très modérée : l’équivalent d’une semaine de courses au supermarché, donc bien moins cher qu’une école privée en France. Mais c’est trop cher pour certaines familles … Quelles sont les conséquences concrètes ? Et bien, par exemple, les cahiers sont distribués aux enfants quand les familles ont payé les frais d’inscription. A la fin du premier trimestre, dans la classe de Sarah, il y avait au moins une enfant qui écrivait toujours sur des feuilles volantes, n’ayant pas le « droit » d’avoir des cahiers, puisque ses parents n’avaient pas payé… Je trouve ça tellement injuste, ça donne envie d’inventer des solidarités !!

Un autre financement possible pour les écoles, ce sont les subventions, publiques et privées… Les écoles font des demandes, en lien avec tel ou tel projet concret, et les subventions sont acceptées ou non. Dans notre école, il y a un projet « sunsmart » pour lequel les subventions ont permis de financer l’installation de grandes bâches anti-soleil dans les cours de récréation, qui sont donc ombragées !

un grand bac à sable bien à l’ombre !

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